Cherchez l’affiche ! La Strada, Elle et Lui, L’Etrange Créature du Lac Noir, 20 000 Lieues sous les Mers, Vacances Romaines, dans le film Luca

Cherchez l’affiche ! La Strada, Elle et Lui, L’Etrange Créature du Lac Noir, 20 000 Lieues sous les Mers, Vacances Romaines, dans le film Luca

July 20, 2021

Si le vingt-quatrième long métrage Pixar, Luca, n’a pas encore sa place dans notre site dédié au cinéma vintage, ses aficionados pourront s’amuser à débusquer leurs affiches préférées, camouflées dans son décor. J’en ai trouvé cinq, qui dit mieux ? Quel meilleur endroit en effet que ce petit port chatoyant de la côte italienne, animé de vieilles commères, de pêcheurs et de marmaille bruyante pour redonner vie à ces chefs d’œuvre cinématographiques des années 50 ?

On avait déjà l’habitude de ces têtes de Mickey disséminées un peu partout dans l’œuvre de Pixar. Vérifions maintenant si vous avez fait attention à ces autres détails bien cachés : 

  1. Quelle est la particularité du caleçon que porte le chef cuisinier dans Ratatouille ?  
  2. Qui nage tranquillement dans le générique du film Le Monde de Némo ? 
  3. Quel camion apparaît clairement au milieu des voitures de Cars ? 
  4. Question de rattrapage : citez trois films où se trimballent ces petites boîtes de nouilles chinoises ?

Non, vous n’étiez pas victimes d’hallucination et pouvez vérifier vos réponses en bas de page. 


Le réalisateur de Luca ne déroge pas à cette tradition ludique en jalonnant son film d’allusions plus ou moins dissimulées. Il s’amuse avec les noms de lieux ou de personnages qui ne doivent rien au hasard. A commencer par le sien, Enrico Casarosa (littéralement « maison rose ») qui fait écho à ce petit port de la Riviera italienne, Portorosso (ou « port rouge ») où a été imaginée et rêvée l’histoire... L’amie de Luca Paguro et d’Alfredo Scorfano (respectivement « Bernard Lhermite » et Rascasse »), l’intrépide Giulia, n’est pas surnommée Giulietta pour rien : c’est le prénom de l’actrice favorite de Fellini, Giulietta Masina, héroïne de La Strada (dont on retrouvera le nom, Gelsomina, gravé sur le bateau des pêcheurs). Son père s’appelle Marcovaldo, comme le héros éponyme du roman d’Italo Calvino, et son chat, perfide et sournois, mérite bien son nom de Machiavelli ! Mastroianni (dont la fille Chiara prête la voix, dans la version française, à la mère de Luca) apparaît en noir et blanc sur le rétroviseur d’une vespa… Autant de clins d’œil qui célèbrent la littérature et le septième art italiens. 

Casarosa a grandi à Gênes et son film nous plonge en pleine nostalgie d’une Italie fantasmée de glaces, d’étés ensoleillés, de vespas –et de petits cinémas de quartier ! En situant le film dans les années 50, il confie dans une interview avoir voulu « rendre hommage à l’âge d’or du cinéma italien ». Pas étonnant alors qu’il y ait glissé, subrepticement, quelques fabuleuses affiches (italiennes et américaines) datant de cette époque.

C’est d’abord celle de La Strada de Fellini (du moins, sa reproduction fidèle) qui saute aux yeux, placardée sur un mur ocre décrépi. Et oui, le minuscule village de Portorosso peut se targuer d’avoir une salle de cinéma ! La pauvre Gelsomina (Giulietta Masina) a encore la force de sourire, malgré son nez de clown et sa « tête d’artichaut » (je cite le Fou qui lui fait remarquer : « tu as une drôle de tête, tu sais. Tu es vraiment une femme ? On dirait un artichaut ». Il y a mieux comme déclaration d’amour…). On imagine sa vie de misère, aux côtés de son saltimbanque (Antony Quinn, à sa droite) qui la maltraite et l’humilie. Ce film onirique et poétique, qui met en scène des petites gens, s’intègre parfaitement sur cette placette populaire foulée par les bambins qui courent pieds nus et jouent au foot. 

L’affiche d’Elle et Lui instille au film un parfum romantique préfigurant la romance qui se trame entre Luca et Giulia/Giulietta. Le réalisateur brouille les pistes en réinventant le titre (qui devient Un’Estate da Ricordare, (« un été mémorable ») comme pour mieux immortaliser les étés de son enfance. Mais  la scène de baiser légendaire entre Cary Grant et Deborah Kerr ne nous trompe pas. S’il est considéré comme l’un des plus grands films d’amour américain, il est d’autant plus romantique que le coureur de jupons est d’origine italienne…

On change de registre avec ce monstre verdâtre surgi du film américain dégoulinant d’horreur, L’Etrange Créature du Lac Noir de Jack Arnold (aux noms d’acteurs changés et rebaptisé Attaco del Monstro Marino). Loin d’en avoir peur cependant, le père et la mère de Luca retrouvent en lui un air de famille – puisqu’ils sont aussi des monstres ! Car si, dans ces lignes, je m’adresse aux adultes  cinéphiles, Luca est aussi (et avant tout ?) un film pour enfants qui raconte une histoire de mignons monstres aquatiques vivant cachés au large de Portorosso. Une fois sur terre, ils prennent l’apparence d’êtres humains pour échapper à leurs persécutions. Les parents de Luca y sont venus pour retrouver leur fils qu’ils pensent pouvoir démasquer en jetant des sceaux d’eau sur les enfants (eau qui lui rendra son apparence de monstre en transformant sa peau en écailles). 

Dans le film Luca, les jeunes concurrents du triathlon organisé pour gagner la Vespa sont trop occupés à dévorer leur plat de pâtes (une des épreuves) pour remarquer au-dessus de leur tête l’affiche de Vingt Mille Lieues sous les Mers de Richard Fleischer. Produit par Walt Disney, on y retrouve un autre Nemo, pas le gentil poisson-clown mais l’ombrageux capitaine du mystérieux sous-marin qu’on voit ici remonter à la surface. 

C’est aussi sur terre que je terminerai cette chasse aux trésors, à Rome, dans cette ville des amoureux par excellence. On retrouve l’iconique Vespa sur l’affiche de Vacances Romaines de William Willer qui emporte Gregory Peck et Audrey Hepburn dans une chevauchée romantique inoubliable. Dans Pixar, c’est elle qui conduit –qui a dit que les Italiens étaient machos ? 

De même qu’il est temps de revoir nos préjugés, il est toujours rafraîchissant de voir ces « vieilles » affiches sur d’autres murs alors un conseil : allez vite voir Luca, et adoptez-en une ! 

  1. Le chef porte un caleçon au motif d’Indestructible.
  2. C’est Bob, de Monstres et Cie ! 
  3. Le camion Pizza Planet de Toy Story.
Ratatouille (dans le frigo du chef), Monstre et Cie (où elles servent de cachette), Toy Story 2 (dans le coffre d’une camionnette à pizza).