She Gods of Shark Reef (Roger Corman, 1958) đŸ‡«đŸ‡·

She Gods of Shark Reef | www.vintoz.com

July 20, 2021

« Cet Ă©tĂ© encore, vous n’irez pas vous baigner ! », nous prĂ©venait Spielberg dans une de ses affiches du film culte Les Dents de la Mer. Pour vous gĂącher les vacances, il n’y a pas mieux comme phrase d’accroche
Mais je crains qu’en accrochant celle de She Gods of Shark Reef dans votre salon, chambre Ă  coucher ou salle de bain –non, quand-mĂȘme, pas au-dessus de la baignoire !, vous ne fassiez qu’aggraver votre « squalophobie » (ou peur des requins). C’est Ă  cause de tous ces films de requins que je rechigne Ă  me baigner dans les eaux iodĂ©es, privilĂ©giant les plus douces ou carrĂ©ment chlorĂ©es des piscines bondĂ©es – au moins, je ne suis pas claustrophobe !  

Une scĂšne d’épouvante se joue sur cette affiche vive et intense, entre un gigantesque squale noir luisant de voracitĂ© et une nymphette sans dĂ©fense, pieds et poings liĂ©s par on ne sait quel cruel chĂątiment. Ce monstre fonce droit sur elle, sous nos yeux impuissants, l’Ɠil torve, la double rangĂ©e de dents acĂ©rĂ©es, insensible Ă  son regard implorant d’innocente. Trois autres grĂąces aquatiques s’empressent de la secourir en vain. Si son prĂ©dateur ne la dĂ©vore toute entiĂšre, son acolyte engloutira les restes – sauf les pauvres fleurs peut-ĂȘtre, souvenir d’un « luxuriant paradis terrestre ». Le danger se trouve justement sous la mer, prĂ©cisĂ©ment au pied d’un rĂ©cif oĂč rĂšgne en maĂźtresse une « horrible dĂ©esse en pierre ». Elle rĂ©clame insatiablement son lot de victimes. Son visage, aussi avenant qu’un masque mortuaire, est entourĂ© d’un halo jaunĂątre, diffusant la terreur divine. Le titre en lettres rouge sang s’y dĂ©tache et annonce la couleur : attendez-vous Ă  passer 63 minutes d’horreur et d’effroi !

 

C’est exactement ce Ă  quoi je m’attendais avant de voir le film. Des images choquantes de vierges nubiles dĂ©chiquetĂ©es par des hordes de requins affamĂ©s, dictĂ©s par de mystĂ©rieux rites funĂ©raires sous-marins d’une dĂ©esse vengeresse. L’histoire se passe Ă  HawaĂŻ, sur l’üle de Kauai prĂ©cisĂ©ment, rĂ©putĂ©e pour ces lĂ©gendes de dieux, dĂ©esses, fantĂŽmes et gobelins. Tel Ku, le dieu de la guerre qui rĂ©clamait son dĂ» de jeunes filles et garçons, ou Pele, la dĂ©esse qui rageusement dĂ©clenchait sĂ©ismes et Ă©ruptions volcaniques. HawaĂŻ n’a donc pas toujours Ă©tĂ© le paradis des surfeurs qu’on croyait! Les scĂ©naristes Robert Hill et Victor Stoloff ont dĂ» s’en inspirer quand bien mĂȘme la dĂ©esse qu’on voit sur l’affiche n’apparaissait pas dans le titre original (qui se rĂ©sumait au moins vendeur, The Shark Reef). Mais si les mythes et les superstitions imprĂšgnent l’histoire, aucune trace d’hĂ©moglobine ne vient entacher l’écran. Ce film est absolument regardable par n’importe quel public – sauf le plus exigeant


Deux frĂšres rescapĂ©s d’une tempĂȘte (dĂ©clenchĂ©e par la dĂ©esse de la mer ?) Ă©chouent sur une Ăźle peuplĂ©e exclusivement de femmes ramasseuses de perles. On se dit qu’ils sont chanceux
 Mais leur arrivĂ©e dĂ©clenche Ă  nouveau les foudres de la dĂ©esse quand le blond gentil (Bill Cord) s’éprend de la plus belle (Lisa Montell) et que le brun (Don Durand) qui a dĂ©jĂ  tuĂ© un homme, s’empare d’un sac de perles. La vieille cheffe est sans pitiĂ©. Pour elle, il n’y a qu’une seule issue, fatale : sacrifier la jeune fille aux requins pour apaiser la colĂšre divine. ParĂ©e de ses plus beaux atours, elle est poussĂ©e Ă  l’eau par la mĂ©chante matrone. SauvĂ©e de justesse par le blond, on devine alors la suite
Ils passeront le dernier quart d’heure du film exilĂ©s sur ce fameux rĂ©cif aux requins qu’ils ont rejoint en fabriquant une pirogue de fortune. Le frĂšre quant Ă  lui, est puni de son aviditĂ© en finissant bel et bien croquĂ© par les requins. Les deux tourtereaux, enfin seuls, prennent la mer vidĂ©e de ses monstres, vers un horizon calme et apaisant.   

AnimĂ©e tout d’abord par une curiositĂ© malsaine (celle qui vous pousse Ă  visionner des films d’horreurs), je me suis vite aperçue qu’il s’agissait d’un inoffensif film d’aventures de sĂ©rie B, en arrĂȘtant alors d’y chercher autre chose qu’un dĂ©paysement exotique. Les dĂ©cors tropicaux de vĂ©gĂ©tation luxuriante et plages de sable fin n’ont, en rĂ©alitĂ©, rien de dĂ©plaisant, pas moins que les corps des deux mĂąles musclĂ©s, avantageusement vĂȘtus d’un simple pagne fĂ©minin tout le long du film. Si j’ai appris certaines choses dans les us et coutumes hawaĂŻennes (qu’il ne fallait jamais, notamment, casser le « lei » ou collier de fleurs qu’on vous offrait), d’autres m’ont Ă©chappĂ© comme les signaux envoyĂ©s par les levers de drapeaux ou cette langue Ă©trangement Ă©corchĂ©e, Ă  mi-chemin entre la langue locale, je prĂ©sume, et l’anglais Ă©lisabĂ©thain qui me fit me cramponner aux sous-titres. Je me suis finalement accoutumĂ©e aux requins qui semblaient anesthĂ©siĂ©s, sinon euthanasiĂ©s, prise peu Ă  peu d’une envie de les caresser, comme le fait Lisa Montell, en les repoussant gentiment de la main lorsqu’ils attaquent. Je sais maintenant ce que devrais faire un jour pour vaincre dĂ©finitivement ma peur : aller murmurer Ă  l’oreille des requins !

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