James Bond — L’espion qui m’aimait (Lewis Gilbert, 1977) 🇫🇷

The Spy Who Loved Me | www.vintoz.com

November 20, 2021

L’été 0077 annonçait ses retrouvailles avec le plus célèbre espion au service secret de Sa Majesté – l’agent 007 ! Après trois années de repos du guerrier bien mérité, celui qui était venu à bout de L’Homme au pistolet d’or revenait sur le ring, plus que jamais déterminé à nous débarrasser d’un nouvel ennemi, le redoutable Stromberg !

Tout aussi mégalomane et démoniaque que le feu Scaramanga, il vous dévisage insidieusement au beau milieu de l’affiche, sous les traits d’un masque sépulcral au nez protubérant et auréolé de rayons argentés. Prenez garde à ce regard perçant, il aura vite fait de vous hypnotiser ! A peine aperçu qu’il a miraculeusement disparu : vous voyez à la place une flottille de sous-marins à l’intérieur du ventre d’un tanker géant, le Liparus. C’est l’antre de Stromberg, méchamment interprété par Curd Jürgens qu’on avait vu en gentil vagabond clandestin dans Visa pour Hong Kong. Il vient de prendre la fuite à bord de son Atlantis (au coin droit, en bas de l’affiche). Il y fomente ses projets d’utopie sous-marine, corollaire d’une destruction massive de la terre. Il vient de s’approprier deux sous-marins nucléaires, russe et britannique, afin de raser de la carte les villes de New-York et Moscou. Ses détracteurs sont littéralement « passés à la trappe » d’un ascenseur qui les précipite dans une fosse à requin, gracieusement accompagnés par l’Air sur la corde de sol, de J.S. Bach.

Plus effrayant encore que cet animal de compagnie (exhibé dans toute son horreur, deux ans plus tôt, par Spielberg dans Les Dents de la mer), un autre « requin » croque la vie à pleine dents…d’acier ! Richard Kiel incarne monstrueusement ce Hulk de 2,18 m dans des scènes d’une cruauté inoubliable. Son extraordinaire mâchoire lui permet de briser une chaîne de cadenas, d’arracher la tôle d’une camionnette ou d’égorger ses ennemis avec une facilité qui le rendrait presque sympathique… Même James Bond a du mal à venir à bout de cette brute. Après avoir tenté de l’électrocuter à bord d’un train (à l’aide d’une lampe de chevet), il réussit à le soulever par les dents avec un aimant (pas celui qui « m’aimait » !) et le précipite dans la gueule du vrai requin de Stromberg. Coup de théâtre : à la fin du film, on le voit en train de nager dans la mer, arborant un sourire triomphal. Il refera surface dans la suite, Moonraker. Tant mieux, c’est mon « méchant » préféré ! 

Face à de tels ennemis, il vaut mieux parfois ne pas agir seul. Et quitte à se faire aider, notamment pour récupérer un fameux microfilm, choisir une femme à la beauté de Barbara Bach. Troquant sa chapka militaire pour de profonds décolletés, ce major Anya Amasova ne tarde pas à apprendre à notre espion britannique les « principes de survie appris en Sibérie consistant à partager la chaleur animale ». De quoi accélérer la « détente » amorcée entre les deux puissances… James Bond lui montre en retour ses gadgets. Aussi fort en jet-ski qu’au volant d’une voiture de rallye, il épate sa belle avec sa Lotus blanche amphibie capable d’éliminer sur terre et sous la mer ses plus farouches poursuivants, avant d’accoster en douceur sur une plage sous les yeux de baigneurs ébahis. Il est un peu moins fier d’avoir tué (pour se défendre) « l’amant » russe d’Anya, armé d’un bâton de ski-pistolet au cours d’une folle descente dans les montagnes suisses. Une fois sa mission terminée, elle promet à Bond de se venger. Vous y croyez ? 

On ne change pas, en effet, une recette qui marche. « It’s the Biggest. It’s the Best. It’s Bond ». Gonflée de superlatifs martelés par une allitération en B (comme Bond) et bourrée de majuscules, une telle phrase d’accroche n’augure pas vraiment la mort du héros. Le mot suivant, « And Beyond », (« et bien plus que ça ») lui confère un petit supplément d’âme. Et si Bond était justement bien plus que cet agent 007 affublé de tous les clichés ? Filmé magnifiquement entre ombre et lumière dans les ruelles du Caire, il s’enrobe d’un voile de mystère. Transporté au temps des pyramides, au pied de l’énigmatique Sphinx de Gizeh, il gagne en profondeur. En panne de voiture au milieu du désert, il prend des allures de Lawrence d’Arabie (ressemblance accentuée par l’accompagnement musical dudit film !). 

Les couleurs psychédéliques de cette affiche – anarchie de vert pomme, bleu turquoise, rouge-orangé et rose fuchsia – me rappellent ces bonbons acidulés qui crépitent sur la langue. Quoi qu’il en soit, méfiez-vous, les films de James Bond peuvent vite devenir addictif !

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