James Bond — L’Homme au Pistolet d’or (Guy Hamilton, 1974) 🇫🇷

The Man with the Golden Gun | www.vintoz.com

November 20, 2021

James Bond a toujours eu de brillantes idées. L’année où le prix de l’or noir poursuivait sa flambée, il nous fit présent d’un ultime gadget… en or justement ! Cadeau de Noël empoisonné d’aucuns diront, puisqu’il s’agit d’un véritable pistolet dont la fonction est, d’après le slogan, « d’assassiner James Bond ». Pauvre Roger Moore ! 

Pas besoin de mode d’emploi, il est fourni avec l’affiche. L’assemblage s’effectue aisément à partir de quatre accessoires en or: un stylo plume, un briquet, un étui à cigarettes et un bouton de manchette, imbriqués les uns dans les autres et astucieusement transformés en canon, chargeur, poignée et gâchette. Sans oublier la balle – en or, comme il se doit – gravée du matricule 007.

 Mais plus qu’une simple machine à tuer, ce pistolet d’or est doté d’un pouvoir érotique. Dès le générique, il dicte la chorégraphie d’une jeune nymphe dans sa nage lascive. Il est ensuite convié aux préliminaires en effleurant le visage d’Andrea (pas trop rassurée quand-même !), qui le caresse à son tour. En plein match de boxe, une balle d’or la pénètrera en plein cœur, tellement sensuelle que la morte gardera tout le long les traits d’une vivante. 

« L’homme au pistolet d’or » possède un autre gadget, mais pas des moindres : l’agitateur Solex, capable de résoudre la crise pétrolière en convertissant l’énergie solaire en électricité – James Bond était décidément de son temps ! Ce méchant joue les apprentis sorciers depuis son île paradisiaque de la baie de Phang Nga en Thaïlande (surnommée « île de James Bond ») qui cache, outre des nymphettes en bikini, un véritable laboratoire high-tech, dans la plus pure tradition de l’antre du Dr. No. Il s’amuse aussi à tuer des ennemis de passage, à l’intérieur d’un labyrinthe de fête foraine macabre truffé de miroirs, chausse-trappes et squelettes hilares. Son majordome, Tric-trac, un nain facétieux à rouflaquettes qui a aussi le doigt sur la gâchette, prend un malin plaisir à contrôler les manettes. Il sème la panique en animant des mannequins de cire tout droit sortis de western et fait tomber les morts sur une musique de piano bastringue. Sa cible préférée ? Un faux James Bond en carton-pâte qui sera bien utile au vrai dans le duel final qui opposera au pistolet d’or, son fameux Walther PPK.  

Christopher Lee, qui était aussi un cousin de Ian Fleming, a troqué ses dents de Dracula contre un troisième téton en endossant le rôle de ce mystérieux tueur à gages répondant au nom de Scaramanga. Il mettra notre agent 007 à rude épreuve dans sa traque aux quatre coins de l’Asie, de Beyrouth à Phang Nga, en passant par Bangkok, Hong Kong et Macao. 

La partie de cache-cache débute à pleines dents, lorsque Bond arrache une balle d’or nichée dans le nombril d’une danseuse du ventre libanaise. Ce « porte-bonheur » le mène à Macao, dans la boutique d’un armurier portugais, concepteur du pistolet d’or et de ses munitions. En un tour de passe-passe, elles atterrissent sur les tables de casino de la ville où Andrea, la maîtresse de Scaramanga les récupère. En un coup d’hydroptère, elle s’échappe à Hong Kong où James Bond la cueille au sortir de la douche. Le champagne du Peninsula n’y faisant rien, il lui tord méchamment le bras et obtient d’elle l’adresse d’un bar topless où l’inventeur du Solex, après s’être rincé l’œil, finit d’une balle d’or dans la tête. Sur ces entrefaites, Bond est pris pour le meurtrier et embarqué par un faux policier en direction d’un drôle de commissariat où l’attendent Q, M et ses comparses qui ont pris leurs quartiers dans l’épave du Queen Elisabeth à moitié coulé. Bond a l’air de se sentir chez lui dans ce décor surréaliste où le mobilier est adapté à ces murs et sols penchés. Il sera moins à l’aise dans le jardin chinois de Hai Fat truffé de vrais faux démons bouddhistes prêts à l’embrocher. Après une attaque de sumos (neutralisés par un coup en-dessous de la ceinture), il sera mis à l’épreuve dans une arène de Kung Fu. Secouru par deux fillettes championnes de karaté, il entame une course-poursuite en bateau dans les klongs de Bangkok. Comme cela ne lui suffit pas, il la continue en voiture, une AMC Hornet livrée avec passager (un shérif américain lourdingue embarqué malgré lui, témoin ébahi de son tonneau à 360° !). Pas question de laisser filer Scaramanga qui tient Goodbye prisonnière dans son coffre. Elle qui n’a toujours pas eu le temps de conclure avec son « chéri » de James Bond, enfermée dans un placard pendant tout le temps de ses ébats avec Andrea ! Mais il est trop tard, la voiture de Scaramanga s’est dotée d’ailes et disparaît dans les airs, emportant sur son île le précieux Solex. 

Ce méchant fera-t-il à nouveau sauter les bouchons de champagne à l’aide de sa balle d’or ? Parviendra-t-il à jouir de son « chef d’œuvre » en assassinant Bond ? Il ne sera en tout cas pas détrôné par Tric-Trac, suspendu dans un panier au mat d’une jonque, dans la dernière séquence. Il faut tout même laisser James Bond se reposer de temps en temps, en compagnie d’une blonde. 

Cette histoire, j’avoue, n’est pas de tout repos mais son affiche fera le bonheur des amateurs de gadgets, d’humour et de belles femmes… à retrouver dans L’Espion qui m’aimait !

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