Une Aventure de Buffalo Bill (Cecil B. DeMille, 1936) 🇫🇷

The Plainsman | www.vintoz.com

November 20, 2021

« Lever de soleil, terre d’hommes blancs. Coucher de soleil, terre d’Indiens. » Ces deux « Visages Pâles » ne semblent pas avoir compris la loi des « Peaux-Rouges » en se tenant du mauvais côté, baignés dans la lumière orangée du couchant. Situé dans la mythique période du légendaire Buffalo Bill, ce western de 1936 nous embarque à bride abattue dans une fantastique chevauchée à travers les Grandes Plaines.

Le titre en italien, La Conquista del West, prend lui-même possession du territoire en étalant ses lettres jaunes sur leurs collines infestées d’Indiens brandissant des flèches vengeresses. Cette soif d’expansion rappelle le générique d’ouverture où l’on voit le texte se dérouler à l’horizontale (à la manière de celui de La Guerre des étoiles), fuyant vers un horizon prometteur de terres non conquises. 

Cette « conquête » ne s’est pas faite sans résistance comme l’illustre le Cheyenne de l’affiche. Paré de son traditionnel costume d’Indien (bonnet de plumes, bracelets brodés de perles, pagne en cuir et carquois en bandoulière), il vient de déterrer la hache de guerre. Sauf que dans le film, les Indiens sauf aussi armés de fusils vendus par des hommes d’affaires peu scrupuleux (comme Charles Bickford, alias Lattimer, qui joue souvent les gros durs) désirant tirer profit du restant d’armes de la guerre de Sécession. Les deux clans sont pour une fois à égalité, contrairement à d’autres westerns où les Indiens perdent au change face à des hommes armés et sont méthodiquement massacrés. Le film ne nous épargne certes pas de violence dans ces scènes de combats aux extérieurs grandioses où excelle Cecil B. De Mille, connu pour ses films épiques bibliques (comme Les Dix Commandements). Ayant aussi peu d’égards pour ses cascadeurs que pour ses chevaux, il aura quand même, à sa décharge, toujours pris soin de vérifier si les armes étaient chargées à blanc, évitant le récent accident de tir dramatique d’Alec Baldwin sur le tournage du western Rust. Les (fausses !) balles fusent des deux côtés, les montures affolées hennissent et se cabrent, les cavaliers chutent et se fracassent. 

Venu prêter main forte aux soldats du Général Custer, un certain Wild Bill Hickok illustre ses talents de fine gâchette en tirant efficacement de ses deux Colts à la fois. On admire évidemment Gary Cooper qui ne perd jamais une occasion de pratiquer le tir (outre la pêche, l’équitation, les femmes et la taxidermie !), comme il le dit lui-même : « J’aime bien de temps en temps tourner dans un western, c’est toujours une occasion pour moi de manier la gâchette ». Il est aussi fort au couteau (un gros, un énorme) qui tient lieu d’économe pour éplucher une pomme ou de fléchette, prenant pour cible un chapeau. Au début du film, dans l’effervescence des quais de Saint Louis grouillant de pionniers, il s’exerce au martinet, sous les yeux ébahis d’un gamin, décochant alors une pierre sur l’arrière train de… Buffalo Bill en personne ! Ce dernier (interprété par James Ellison) n’est autre que son ami, fraîchement marié et décidé à se caser en ouvrant un hôtel. Rien à voir avec les aventures que nous promet le titre français, le film se focalise sur son comparse Hickok. Venu à la rescousse de sa dulcinée kidnappée, le véritable héros de ce film manque cependant de finir rôti dans le camp des Indiens. Il mourra lors d’une partie de poker, alors qu’il est en train de perdre, avec en main deux paires d’as et de huit noirs (combinaison aujourd’hui surnommée «la main de l’homme mort »). Tué lâchement d’une balle dans le dos par un des acolytes du vendeur d’armes, il résumera sa triste fin par cette réplique : « l’homme est destiné à perdre, tôt ou tard ». 

Mais il ne meurt pas qu’entourés d’ennemis. La sulfureuse Calamity Jane l’embrasse amoureusement une dernière fois. Jean Arthur interprète à merveille cette icône incontournable du Far West, aussi habile à manier le lasso qu’à proférer des insanités, un vrai garçon manqué ! S’il n’avait porté son portrait en médaillon dans sa montre à gousset, on se serait demandé si Hickok avait un cœur. Celui qui essuyait, du revers de sa manche, chacun de ses baisers, ne peut plus lui refuser ce dernier. Sur l’affiche, il a l’air de l’aimer. Dans la vraie vie, elle sera enterrée auprès de lui. 

Difficile de discerner la vérité des rumeurs et de l’affabulation. Je préfère retenir la version romantique qui se dégage de cette affiche aux parfums de légende. Vous pouvez la contempler depuis votre canapé en méditant sur cette citation de Carlos Zanón : « la réalité a dépassé la fiction. Ensuite, c'est la fiction qui a dépassé la réalité et, à partir de là, tout n'est devenu qu'une copie d'une copie dont on a oublié l'original. »

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